DÉMARCHE ARTISTIQUE 

En remontant le fil de ma vie, je retrouvai le moment précis de ma jeunesse où la nécessité impérieuse d'écrire s'imposa naturellement à moi.

Je n'ai pourtant jamais tenu, à proprement parler, ce que l'on appelle un "journal intime". J'écrivais beaucoup par thème, sur l'amitié, l'amour, la mort, les relations, etc... A hauteur bien sûr de mes émotions d'adolescente.

Je questionnais en réalité ma plume elle-même, n'attendant étrangement plus de réponses des "Grands", en tous cas pas de ceux qui m'entouraient. Je découvrais alors avec elle un trajet rare qui échappait au filtre de mon mental, et qui révélait parfois des fulgurances fluides, limpides, révélatrices même de choses inconnues de moi.  Elles me surprenaient, me décontenançaient parfois, autant qu'elles pouvaient me réjouir : Me fascinaient quoiqu'il en soit.

 

Par la même impulsion vitale,  j'interrogerai bien plus tard le Verre de Murano, cette hypnotique matière lorsqu'elle se met à danser, à fusionner sous la flamme d'un chalumeau. L'émergence de l'objet.

Puis enfin,  vint le médium photographique.

 

Finalement, ce dernier m'aura si discrètement accompagné tout au long de ma vie, par un père passionné déjà, qu'il reviendra tout naturellement se placer au devant de la scène comme Le Maître de cérémonie. La liberté de mouvements, d'explorations que l'acte même de photographier me proposait résonnait parfaitement avec ma nouvelle liberté d'être. J'explorais du coup mes terres intérieures tout en pouvant arpenter physiquement, de mes pas balbutiants mais confiants, cette merveilleuse nature, isolée, où je m'étais désormais installée. Je capturais ainsi et sans m'en rendre compte : de la matière avec laquelle je pourrais jouer plus tard.

 

"Mon cheval", ce grand rêve d'enfant enfin réalisé, ne sera pas non plus totalement étranger à ce désir de saisir l'instant comme un présent. Il fût mon maître en la matière !

Plus récemment, le besoin de retoucher la matière physiquement, de retrouver ce même trajet intuitif entre l'âme et la main, de pouvoir aussi faire aboutir "seule" l'oeuvre, s'est fait ressentir. Cet élan m'amène à jouer aujourd'hui avec la terre, le bois, la cendre, les pigments naturels au travers de la peinture et la sculpture. Cela crée un équilibre avec les images qui ont nécessairement besoin du talent des Tireurs de mon laboratoire professionnel pour exister pleinement hors de l'écran. 

En questionnant ainsi mon chemin et le processus créatif lui-même, j'en arrive enfin à considérer que je ne suis bien qu'un fil conducteur de quelque chose de bien plus "vaste" que moi, que je ne puis prétendre acquérir ou même maitriser et qui pourtant m'anime depuis l'enfance. Mes créations semblent ainsi émaner d'une Source qui joue à (se) faire corps, à se matérialiser dans la matière, comme si elle désirait tout simplement prendre conscience d'Elle-même à travers moi. 

Opérant dans le même mouvement créatif ; tel un pendule qui jouirait bien plus de vouloir tendre vers son point d'immobilité que d'y parvenir ! ; une modification de mon être, de celui qui n'a jamais cessé de vouloir se reconquérir pour tenter intuitivement de ne faire qu'Un, dans le "ici et maintenant". 

L' émotion étant finalement le courant indispensable à tout cela,

Il me semble alors que tout est à jamais relié, de manière visible ou invisible, consciente ou inconsciente, d'une façon ou d'une autre.

Que tout a du sens. Entre nous. Entre tout.

Ce processus, de plus en plus confiant et joyeux, devient finalement aussi essentiel pour moi que l'oeuvre finalisée, qu'elle quelle soit. 

Le savoir n'est qu'une rumeur tant qu'il n'a pas pénétré le corps"

(Dicton de la tribu Asaro - Indonésie)

Hélène. Novembre 2017

Née le 03 Septembre 1966 à Cherbourg. 

Vie depuis Octobre 2018 à Saint Gengoux le National 71460 en Bourgogne du Sud.

 

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